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(4) Puce rencontre une fée amnésique

Le 30 mai 2013, 23:20 dans Création 0

Quelques semaines ont passé depuis que Puce a rencontré l'Enjomineuse, cette personne étrange qui n'en est pas vraiment une.

L'Enjomineuse est une sorte de magicienne, une "voltigeuse" comme elle se définit elle même. Le concept fut assez difficile à comprendre pour Puce jusqu'à ce que l'Enjomineuse utilise une comparaison patissière.

"Vois tu, lui dit elle perchée en équilibre sur un roseau, c'est comme si nous habitions un énorme mille feuille.

_Oh ouiii! avec plein de crème!!! s'exclama Puce ravie de l'idée.

_Et bien nous ne vivons que sur l'une des tranches du gâteau. Cependant il existe beaucoup d'autres tranches en dessous et au dessus de nous. Une voltigeuse, c'est une personne capable de voyager au travers de ces différentes strates de mille feuilles.

_Mais qu'y a t'il sur ces autres tranches? demande Puce s'imaginant nager dans un torrent de crème patissière.

_et bien certains de ces mondes sont très semblables au notre, d'autres difficiles à appréhender ou à concevoir. En tant que Voltigeuse d'un rang supérieur (dit l'Enjomineuse doctement)  je peux naviguer à mon aise dans cette matière mais je peux aussi visiter le fil du temps. Le plus dur pour moi étant de m'intégrer parfaitement au monde que je visite en prenant l'aspect de ses habitants. (Puce ne lui dit pas, par égard pour sa susceptibilité, mais pour l'occasion ce n'est pas très réussi. personne dans ce monde ci n'a les yeux lavandes ni de plumes violettes sur la tête)

L'Enjomineuse sourit à Puce.

"Tes yeux sans couleurs et ton talent pour la pluie sont la preuve d'une aptitude spéciale pour voir l'invisible. Si tu t'exerce suffisament tu devrais déjà être en mesure de voir un, voir deux, ou trois mondes différents. Et quand tu seras plus habile, tu pourras peut être te déplacer dans l'un d'eux.

_Mais comment je fais?

_C'est vraiment simple en réalité. Il faut, sans le chercher, se rendre dans un endroit qui a une pulsation spéciale. Comme si un coeur énorme y battait, un vrai tambour! Quand tu l'entends, il faut essayer de regarder au delà, mais sans vraiment essayer de voir avec tes yeux. Le reste viendra tout seul."

Puce n'a rien compris mais par bravade, elle préfère acquiescer vigoureusement du chef.

"Le plus simple pour commencer, ce sont les forêts" dit l'Enjomineuse d'un air de conspirateur.

Et voilà pourquoi en ce beau samedi après midi que la pluie a laissé tranquille, Puce se rend à la lisière de la forêt la plus proche.

Elle s'enfonce dans le bois où la lumière danse sur de gigantesques fougères dont les frondes s'ornent de reflets émeraudes. Plus loin un bosquet de fraises des bois attire son attention et Puce oublie complètement l'objet de sa mission. De fraise en cueillette de jacinthe, Puce ne voit pas le temps passer quand la couleur bleutée des feuilles et la longueur des ombres attirent son attention, la lumière décline, il est temps de rentrer. Mais alors qu'elle s'en retourne, une sensation étrange la submerge. a t'elle mangé trop de fraises? non...C'est autre chose, ça ne vient pas d'elle. Ca ressemble a un écho, comme une onde qu'on aurait troublée. Puce est perplexe. Cherchant l'origine du phénomène, elle s'éloigne ostensiblement du sentier.  La sensation se fait plus palpable. Il y a comme un bruit, ténu, mais de plus en plus fort au fur et à mesure qu'elle s'approche. Maintenant elle en est sure Quelqu'un pleure. Puce repousse délicatement une branche de conifère et découvre une petite créature pas plus grande qu'un pouce assise sur une souche d'arbre moussu.

Puce a le souffle coupé. La petite créature, surprise, s'est arrêtée de pleurer mais devant les yeux ronds de Puce, elle se met à geindre d'une petite voix aigrelette :

"Pitié! Pitié! ne me mangez pas!"

Vexée qu'on l'ai prise pour une ogresse, Puce se compose une mine courroucée mais végétarienne (ce qui consiste juste a froncer très fort les sourcils et a croiser les bras sur sa poitrine)

"Je ne vais pas te manger! en plus je suis très difficile et je suis sure que tu n'as pas bon goût. Moi je n'aime que les patates que fait ma maman."

voyant que la créature ne pleure plus, Puce s'enhardit à la questionner, mais elle a tellement de questions différentes qui bourdonnent sous son crâne que toutes veulent sortir en même temps.

"Quiestuquefaistucommentt'appellestu??"

La créature ouvre des yeux ronds et semble sur le point de se remettre à pleurer, aussi Puce respire un grand coup et articule du mieux qu'elle peut.

"Qui es tu?, Que fais tu là? comment est ce que tu t'appelle?"

La petite créature semble désolée et sur sa joue coule une grosse larme.

"Je ne sais pas. A vrai dire je ne me rappelle plus de rien. J'ai une grosse bosse sur la tête, je crois...Peut être que je me suis cognée."

Puce examine la petite chose. Elle n'a aucune idée de ce qu'elle est, aussi choisit elle de procéder par élimination.

"Voyons...Déjà, tu n'as pas l'air d'être une humaine.

_Ah bon? à quoi tu vois ça?

_Et bien, tu es vraiment toute petite! bien plus petite que moi.

_Et il n  y a aucun humain de plus petit que toi?" Puce réfléchit intensément. Elle n'est pas bien grande, mais il  y a assurément des personnes plus petites qu'elle.

"Tu as les cheveux bleus, les humains n'ont pas les cheveux bleus.

_Tu es sure?

_Parfaitement sure, les cheveux bleus c'est rigolo, et les humains n'ont pas de cheveux rigolos. leurs cheveux sont bêtement jaunes comme les miens, tristement marrons, sérieusement noirs, ou simplement rouge. C'est tout.

_Ah oui? et si on a pas de cheveux du tout on est pas humain? " Puce réfléchit encore plus intensément et se rappelle avoir vu des monsieurs chauves. Si ça se trouve ils se rasent les cheveux parce qu'ils ont les cheveux bleus, et qu'ils ne veulent pas avoir l'air rigolo. C'est sur que si Puce avait un maitre d'école avec les cheveux bleus elle aurait au moins fait une ou deux chansons sur lui. Il est possible qu'il y ait bien des gens qui ont des cheveux bleus.

"Tu as des ailes, tu es peut être un papillon?

_Tu crois?

_Je ne sais pas, est ce que tu mange le nectar des fleurs?

_Non je préfère les barbes à papa.

_Je n'ai jamais vu de papillon manger de barbe à papa.

_Bouhou! je ne saurais jamais ce que je suis ni qui je suis!" Et la petite chose prend son visage dans ses minuscules mains gantées de blanc et se remet à pleurer. Voulant la consoler, Puce l'attrape délicatement pour la positionner dans le creux tout chaud de sa main.

"Hou! c'est drôlement haut!

_Tu as le vertige, s'inquiète Puce.

_Non, non ça va, au contraire même, j'aime bien."

Une idée germa dans l'esprit de puce. Comme elle l'a jugeait fort lumineuse, elle cru utile de l'expliquer à la petite créature du ton professoral qu'aurait pu prendre l'Enjomineuse.

"Tu sais, on m'a un jour expliqué comment fonctionnait les souvenirs. La mémoire ce n'est pas comme une cassette qu'on rembobine, un souvenir n'est jamais exactement le même et pourtant on y retrouve certains éléments familiers. Ca vient du fait que, lorsque l'on vit quelque chose qui va devenir un souvenir, on attache avec des fils invisibles des éléments qui n'ont rien à faire ensemble. Par exemple, le jour où je voudrais me souvenir de ce moment, il y aura  ce que je vois, la mousse, tes cheveux bleus, ce que je sens, comme ce parfum de feuille fraiche chauffée par le soleil, ce que je goùte, comme cette impression de fraise des bois sur ma langue, ce que je touche comme cette écorce rugueuse sous mes doigts, et ce que j'entends, comme le son de ta voix qui chante comme celui d'un petit oiseau qui pépie.

_Donne moi un exemple, car comme ça je ne comprend pas bien.

_Et bien, si un jour je mange des fraises des bois et que j'entend un oiseau dont la voix me rappelle la tienne, ces deux parties de mon souvenir font former comme deux pièces de puzzles, et une fois combinées ton image va me revenir.

_C'est magique!

_Peut être un peu. Mais le plus important c'est que cela m'a donné une idée. Dis moi tu n'as pas le vertige, et tu aime la barbe à papa?

_Oui, et alors?

_Alors accompagne moi à la fête foraine! je suis sure qu'en mangeant de la barbe à papa et en faisant des attractions à sensations fortes, tu vas retrouver la mémoire!

_Tu...Tu crois?" La petite créature ouvrait de grands yeux pleins d'espoir. Puce hocha vigoureusement de la tête. Le soir même Puce se rendit à la fête foraine avec dans la poche avant de son t-shirt une petite "poupée" un peu spéciale. Elle fit toutes les attractions plusieurs fois et mangea son poids en barbe à papa si ce n'est plus. De temps en temps en tendant bien l'oreille, on entendait comme une petite voix flutée qui disait "ouiiiiiii!!!" ou "c'est trop bon la barbe à papaaa!!!"

à la fin de la soirée, la petite chose avait les yeux pleins d'étoiles et un sourire ravie sur les lèvres. Puce, elle, semblait un peu triste.

"Mais qu'est ce que tu as Puce? on s'est bien amusées ce soir, non?" Puce renifla et esquissa un petit sourire.

"oui mais tu es toujours sans nouvelle de tes souvenirs..."

La petite chose eut alors un grand sourire qui contamina Puce, curieuse.

"Et bien...A vrai dire, dés que j'ai goûté la barbe à papa...Un mot est revenu, il nageait comme un petit poisson à la surface de ma mémoire, et je l'ai entendu me murmurer "Finnëline..." Et j'ai su que c'était mon prénom! Et avec mon prénom, il y avait d'autres souvenirs! Je me suis souvenue que je suis une Fée, que j'aime les glaces au chocolat et voler jusque la cime des arbres, je n'aime pas le pollen parce que j'y suis allergique, et les chats parce qu'ils essaient toujours de me manger..."

Puce était si heureuse que son sourire menaçait de rejoindre ses oreilles. Elle avait marché jusqu'à l'orée de la fête foraine et un halo de lumière formait à ses pieds une frontière dorée entre un monde de barbe à papa et la nuit profonde où tout était possible. Finnëline avait quitté sa poche et se tenait entre la lumière et l'ombre. Puce ne souriait plus, elle avait compris qu'en coulisse des adieux se préparaient. La petite fée la regardait intensément.

"Il y a un souvenir que je vais chérir plus que les autres, il me reviendra avec les lumières multicolores de la fête foraine, et le parfum des pommes d'amour, ce sera le souvenir de cette journée, Puce."

Puce sent de petites larmes lui piquer les yeux, elle maîtrise peut être la pluie du ciel, mais pas celle là.

La fée s'approche d'elle, puce sent l'alizée léger de ses ailes qui battent rapidement comme un colibri.

"Puce toi aussi tu va te souvenir longtemps de moi, et je vais te faire un cadeau."

La fée s'approche de son cou et y dépose un baiser. l'empreinte de ses lèvres se dessine au creu du cou de Puce pour ne plus en partir. De loin on dirait simplement un grain de beauté.

"Le baiser d'une fée porte bonheur Puce. Lorsque tu frotteras cette marque, la Chance te souriera toujours." Et sur ces mots Finnëline s'envola dans la nuit.

Dans les larmes de Puce se reflétait les lumières chamarrées de la fête foraine, mais Puce n'était plus triste car elle savait qu'elle n'oublierait jamais Finnëline.

(3) l'Enjomineuse

Le 28 mai 2013, 19:05 dans Création 0

Puce était partie à la chasse aux escargots, le temps était idéal, juste humide comme il fallait. Une pluie fine venait poser des perles étincelantes dans ses cheveux blonds, mais ne les mouillait pas. En effet Puce n'était trempée que lorsqu'elle le voulait. Elle le cachait à la plupart des adultes, mais elle avait du pouvoir sur certains éléments dont la pluie. Ce n'était pas quelque chose qu'elle expliquait, c'était comme ça. Or ce jour là, elle fut témoin de quelque chose qui même pour elle était bizarre.

Au milieu du champs qu'elle longeait, scrutant les gastéropodes, il  y avait quelqu'un, qui regardait le ciel.

"Beau temps non?"

Puce interloquée fut tentée de dire platement qu'il bruinait, ou plutôt qu'il pleuviotait, enfin bref qu'il pleuvait, mais la personne en question ne semblait pas non plus souffrir du temps. Elle avait la peau très pâle et de longues plumes violettes lui servait de cheveux. Lorsqu'elle tourna son regard vers Puce, cette dernière vit que ses yeux étaient couleur lavande.

"Je suis l'Enjomineuse" l'informa l'interessée d'une voix impérieuse. Puce se dit en son for intérieur que ce nom était bien ridicule.

"Et toi? comment t'appelles tu?

_Puce. "

l'Enjomineuse partie d'un rire tonitruant. 

"En voilà un nom bien ridicule!"

Puce était à la fois abasourdie et vexée comme un pou, mais l'Enjomineuse l'examinait intensément. Elle reprit d'un ton bien plus sérieux.

"Puce, de quelle couleur sont tes yeux?

_Je ne sais pas. Ils changent en fonction de la couleur du ciel." Dit Puce d'un ton boudeur.

L'Enjomineuse se gratta le menton d'un air songeur. Plus pour elle qu'à l'attention de Puce elle dit doucement :

"Tiens, tiens. Des yeux Miroirs. Voilà qui faisait bien longtemps...Puce? est ce que par hasard tu serais une voltigeuse?

_C'est quoi une voltigeuse?

_tes cheveux ne sont pas mouillés par la pluie.

_c'est ça être une voltigeuse?

_Non. Pas seulement."

Agacée par ce dialogue de sourds, Puce tourna les talons et commença à rebrousser chemin. Mais au milieu de la route, sans même l'avoir vu bouger, il  y avait l'Enjomineuse.

"C'est ça être une voltigeuse." l'informa l'Enjomineuse.

"Waaaaaaaaa!" rugit Puce. "Montre moi!

_Si tu veux je t'apprendrais."

 

(2) Puce

Le 28 mai 2013, 17:33 dans Création 0

Ici tout le monde connait Puce. Pour certains c'est une petite diablesse, pour d'autres une petite fille espiègle. Pour ma part et bien, je dirais que j'étais au moins aussi taquine qu'elle à son âge, si ce n'est plus. Puce a les cheveux blonds avec des reflets argentés, le sourire d'une petite fille de sept ans à qui il manque trois dents de lait, et invariablement les genoux écorchés à force de grimper aux arbres. Parfois quand je rentre de courses ou quand je travaille dans mon jardin j'entend le long hululement joyeux de son rire qui cascade derrière moi, et je la vois passer, cheveux au vent, pour aller se cacher dans l'arbre à Rêve. L'arbre à Rêve est un gros châtaignier aux branches noueuses dans lequel Puce a niché une curieuse cabane de bric et de broc. Son aspect est assez intrigant pour être mentionné, en effet on pourrait dire qu'il s'agit d'un chef d'oeuvre de récupération et d'objets insolites. Se cotoient pêle mêle des planches, une théière, une reproduction assez médiocre de "la nuit étoilée" de Vincent Van Gogh, un piège à rêve, la porte d'un lave linge, une passoire en métal, et d'autres objets dont j'ignore le nom. L'ensemble était curieusement cohérent et proprement extraordinaire. Puce avait passé tout un été a réunir ces différents éléments, tel un collectionneur méticuleux. Je n'avais compris l'utilité de certains objets qu'une fois la cabane finie lorsque par exemple je vis pour la première fois jouer sa lampe pétrole au travers de la passoire. La lumière jaune qui en sortait venait éclairer par intermittence le faux Van Gogh qui devenait alors un véritable ciel de feux et d'encre.

Puce était peut être une diablesse, mais une diablesse qui avait le sens de la poésie.

Aussi je ne fus pas étonnée lorsqu'elle me parla de son amie imaginaire pour la première fois.

Nous discutions parfois au coin de mon muret, parfois cinq minutes, parfois des heures, il faut dire que les enfants n'ont pas vraiment la notion du temps ou des convenances. Cette fois là donc, je vis Puce arriver en courant. La pluie venait juste de s'arrêter et elle était trempée de la tête aux pieds. La voyant dans cet état pitoyable malgré son indéféctible sourire, je lui proposait de rentrer le temps de sécher un peu. Dans ma petite cuisine je la frictionnais avec une serviette que j'avais fait chauffer au préalable prés du radiateur. Puce se laissait faire, les yeux mis-clos, roucoulant de plaisir. Je lui avait servis un chocolat chaud et de petits speculoos et la petite fille consciencieusement, croquait alternativement un morceau de biscuit, puis buvait une petite gorgée de chocolat. Enfin je finis par lui demander d'un ton où perçait un léger reproche :

"Puce mais que faisais tu dehors par ce temps?

_C'est que, j'ai rencontré quelqu'un."

Et Puce me raconta comment elle avait rencontré l'Enjomineuse.

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